Clasp est un projet entrepreneurial que j'ai cofondé : un antivol pour ordinateur portable, pensé pour les gens qui travaillent dans des tiers-lieux. Le produit est physique. La démarche est celle d'un produit numérique : comprendre le besoin, interroger les utilisateurs, tester un concept.
Une idée, 33 entretiens
Ma compagne travaille souvent depuis des cafés. Un soir, elle rentre et me dit qu'il faudrait un dispositif pour sécuriser son ordinateur quand elle s'absente deux minutes, aux toilettes ou au comptoir.
Le problème m'a parlé tout de suite. Je fais la même chose qu'elle : je range tout, ou je demande à un inconnu de surveiller. Nous visions les indépendants et les télétravailleurs, avec un dispositif portable, discret, résistant et simple à poser.
Restait à savoir si le besoin dépassait nos deux cas. Nous avons fait appel à l'institut Selvitys (250 personnes interrogées) : habitudes de travail, solutions déjà utilisées, intérêt pour un antivol. Nous avons complété par 33 entretiens avec des personnes contactées sur LinkedIn.
Les retours étaient partagés. Beaucoup emportaient systématiquement leurs affaires. D'autres jugeaient leurs lieux de travail assez sûrs pour ne rien changer. Deux objections revenaient : la compatibilité avec les ordinateurs, et la confiance dans la protection.
Un dossier, pas un produit
J'ai co-conçu un concept visuel avec le studio Idée Tangible : croquis, modélisation 3D, rendus en situation. J'ai organisé un atelier utilisateur pour recueillir des réactions.
Nous avons démarché deux cibles. Les tiers-lieux et espaces de coworking, qui auraient pu proposer le dispositif à leurs usagers. Et des freelances qui travaillent régulièrement depuis ces lieux.
À chaque fois, nous arrivions avec des images. Personne n'a jamais tenu l'objet.
En parallèle, nous avons préparé le dossier pour une pépinière d'entreprises : business plan, présentation. Le modèle reposait sur une production en série financée par des subventions.
La question qui a tout arrêté
Devant la commission de la pépinière, un membre nous a demandé ce que nous avions concrètement en main ce jour-là. En dehors des visuels, rien.
Nous avons dit non au projet. L'argument affiché était double : aucune solution technique ne réunissait portabilité, résistance, esthétique et simplicité de pose, et l'intérêt recueilli ne justifiait pas l'investissement industriel.
Avec du recul, j'ajouterais aussi que nous n'avons jamais rencontré notre marché.
Si c'était à refaire, je commencerais par un prototype à montrer à des utilisateurs. Prototyper, tester, corriger au plus vite : c'est ce que je retiens de Clasp. Sur un produit numérique, et notamment grâce à l'IA, je peux le faire en quelques jours.